Dixmont
Le village de Dixmont possède une histoire ancienne qui remonte à l’Antiquité. Son territoire faisait autrefois partie du pays des Sénons, un peuple gaulois dont la capitale était Sens. Lorsque Jules César conquit la région en 52 avant Jésus-Christ, le territoire passa sous domination romaine.
Durant cette période, l’industrie du fer connut un grand développement dans le Pays d’Othe, qui constituait alors un véritable bassin minier. Des traces de cette activité ancienne subsistent encore aujourd’hui sous la forme d’importants amas de scories visibles dans la forêt d’Othe, notamment à Haut-le-Pied. Au village même de Dixmont, un ancien gisement appelé Le Mâchefer rappelle également cette activité métallurgique.
Au XIᵉ siècle, Dixmont et ses terres appartenaient aux moines du monastère bénédictin de Notre-Dame-du-Charnier de Sens, dépendant de l’Abbaye de La Charité-sur-Loire. Comme beaucoup de villages à cette époque, ces terres avaient été offertes à l’Église par les rois et les seigneurs.
Mais il était difficile pour les religieux de défendre et d’administrer ce domaine éloigné. En 1187, ils confièrent donc cette responsabilité au roi Philippe-Auguste, en lui cédant la moitié de la seigneurie. Sous son autorité, Dixmont connut alors une période de développement.
Situé sur un axe de circulation reliant Gien, Troyes, Joigny, Auxerre et Sens, le village devint un centre commercial actif. Des foires importantes y étaient organisées : en juin pour les lainages, en décembre pour le chanvre et la filasse, ainsi qu’un marché au blé très fréquenté chaque vendredi.
Afin d’encourager l’installation de nouveaux habitants, Philippe-Auguste accorda aux habitants divers privilèges et franchises. Toute personne venant s’établir à Dixmont pouvait bénéficier de ces avantages après un an et un jour de résidence. Cette politique favorisa l’essor du village, qui possédait également une forteresse royale.
Le roi séjourna d’ailleurs à Dixmont en 1204, accompagné de sa cour, et y signa plusieurs actes officiels.
Le développement du village se poursuivit sous le règne de Louis IX, mais cette prospérité fut gravement interrompue par la Guerre de Cent Ans. Les campagnes furent ravagées, les villages incendiés et les habitants contraints d’abandonner leurs terres. En 1434, il ne restait plus qu’une dizaine de familles à Dixmont.
Le village se releva progressivement au début du XVIᵉ siècle sous le règne de Louis XII. La population atteignait alors plusieurs centaines de foyers et des remparts furent construits pour protéger le bourg. Mais les Guerres de Religion en France vinrent une nouvelle fois troubler la région.
En 1570, le village subit de violents affrontements : les troupes pénétrèrent dans le bourg, pillèrent les maisons et incendièrent une partie de la ville.
À la fin du XVIᵉ siècle, durant les luttes entre la Ligue et les partisans du roi, François des Essarts, partisan de Henri IV, s’empara de Dixmont et en fit un point stratégique pour ses opérations dans la région.
La paix revint en 1594, mettant fin à ces longues guerres civiles. Peu à peu, le rôle militaire et stratégique de Dixmont déclina.
En 1703, Louis XIV céda les restes du château et ses droits sur la châtellenie à un seigneur local. Après plus de cinq siècles d’existence, la châtellenie royale de Dixmont prit alors fin.
Au XVIIIᵉ siècle, les habitants se montrèrent particulièrement actifs pour défendre leurs droits face aux seigneurs locaux, notamment en refusant certains impôts jugés abusifs. Cet esprit revendicatif conduisit naturellement à la création d’une commune lors de la Révolution française.
Le premier maire de Dixmont fut Jean Simonet, jacobin né en 1737, qui dirigea la commune pendant la période révolutionnaire.
Eglise de Dixmont
L’existence d’un premier édifice religieux est attestée dès le IXe siècle par le Liber Sacramentorum. Aucun vestige de cette église primitive n’a cependant été conservé, et il demeure impossible d’affirmer qu’elle se situait à l’emplacement de l’édifice actuel.
L’église que l’on voit aujourd’hui, à trois nefs, est le résultat de plusieurs campagnes de construction et de remaniements s’échelonnant du XIIe au XVIe siècle. Le vaisseau atteint 37,80 mètres de longueur ; sa largeur est de 16,90 mètres au niveau des nefs et de 17,13 mètres à l’entrée du sanctuaire. La hauteur sous voûte s’élève à 10,40 mètres dans la nef et à 9,60 mètres dans le sanctuaire. L’ensemble du corps du vaisseau est construit en moellons de grès.
Les parties les plus anciennes remontent au XIIe siècle, notamment le bas-côté nord, dont la porte est aujourd’hui murée. Le chœur présente également, au niveau de la corniche, un cordon de modillons simples supportant le boudin recevant la toiture.
Au XIIIe siècle, l’édifice fait l’objet d’une importante campagne d’agrandissement. Datent de cette période le bas-côté sud, la tour carrée du clocher, ainsi que le portail principal. Une partie de la grande nef semble également appartenir à cette phase de construction, probablement vers la fin du siècle.
Au XIVe siècle, de larges baies sont percées afin d’accroître l’éclairage de l’intérieur. Elles étaient autrefois ornées de vitraux historiés, aujourd’hui disparus.
Les voûtes de la nef sont reprises au XVIe siècle. Quant aux voûtes des bas-côtés, menaçant ruine, elles sont abattues en 1769 et remplacées par un plafond qui subsiste encore aujourd’hui.
Le mobilier conserve plusieurs éléments dignes d’intérêt. Les stalles sculptées du chœur proviennent du prieuré de l’Enfourchure et furent offertes à l’église par son prieur, l’abbé Sallier. On y remarque également une chaise gothique à haut dossier, ornée de motifs flamboyants du XVe siècle. Deux statues représentant Saint Gervais et Saint Protais furent données en 1732 par le curé de la paroisse, à l’occasion de son départ pour une autre cure du Gâtinais.
Dans le porche est conservé un bas-relief très mutilé, vestige de l’ancienne chapelle Saint-Gervais–Saint-Protais, autrefois élevée près de la source qui porte leur nom. Cette chapelle fut démolie en 1927. La scène représentée sur ce relief évoque très probablement le martyre des deux saints.

Saint Gervais et Saint Protais
Saint Gervais et saint Protais sont deux frères jumeaux martyrs, traditionnellement considérés comme les fils de saint Vital et de sainte Valérie. Selon la tradition chrétienne, ils renoncèrent à leurs biens pour les distribuer aux pauvres et menèrent une vie de foi et de charité.
Au cours des persécutions contre les chrétiens sous l’empereur Néron, ils furent arrêtés et conduits devant le général Astase, qui leur ordonna de sacrifier aux idoles afin d’obtenir la faveur des dieux avant une campagne militaire. Les deux frères refusèrent avec fermeté, proclamant leur foi dans le Dieu unique. Gervais fut alors flagellé à mort, tandis que Protais, après avoir été soumis à la torture, fut décapité. Leur martyre est traditionnellement situé vers l’an 57.
Leurs corps furent recueillis et ensevelis secrètement par un chrétien nommé Philippe, qui plaça auprès d’eux un écrit relatant leur vie et leur martyre. Leur tombe resta cachée pendant plus de trois siècles.
Selon la tradition rapportée par saint Ambroise, évêque de Milan au IVᵉ siècle, les reliques des deux martyrs furent redécouvertes à la suite d’une vision. Guidé par cette révélation, Ambroise fit fouiller le lieu indiqué et retrouva les corps des saints, conservés dans un état remarquable. La découverte fut accompagnée de plusieurs miracles, dont la guérison d’un aveugle.
Le culte de saint Gervais et saint Protais se répandit largement dans la chrétienté médiévale. De nombreux miracles leur furent attribués, et plusieurs églises furent placées sous leur invocation. Leur mémoire est célébrée comme celle de deux frères unis dans la foi et dans le témoignage du martyre.

La fontaine
La fontaine Saint-Gervais, située rue d’Eichtal, fut construite vers le milieu du XIXe siècle. Elle porte les armoiries de M. Bourée de Corberon et distribue l’eau de la source du même nom. En son centre se dresse une statue en fonte représentant une Vierge à l’Enfant, offerte en 1852 aux habitants de Dixmont par le châtelain, bien que le modèle d’origine demeure inconnu. Endommagée en 2023 par un engin de chantier, la statue a été restaurée et a retrouvé sa place en 2025, redonnant à la fontaine tout son caractère patrimonial.
La source
Les lieux ont parfois été nommés d’après ce qui était le plus marquant, notamment les sources d’eau, indispensables à la vie. Ainsi, les premiers habitants de Dixmont se sont installés près des fontaines, qui ont inspiré le nom du village. Il se peut que dans l’ancienne langue gauloise, « on » ou « one » ait signifié « fontaine », comme dans Véron, Paron, Brienon ou Béon. Avec la christianisation, ces sources ont été dédiées à des saints, comme la fontaine Saint-Gervais. Le nom originel « Dimon » pourrait donc désigner une fontaine liée à une divinité, toutefois l’orthographe actuelle « Dixmont » serait une forme plus récente.
La résistance
Depuis Dixmont, la forêt d’Othe domine le paysage et ouvre sur une page marquante de l’Histoire : celle de la Résistance, et plus particulièrement des maquisards locaux.
En quittant le village par le chemin des Misois, à la lisière d’un champ, une première plaque évoque les maquis « Bourgogne », actifs ici entre 1943 et 1944. En direction des bois du Chalonge, on peut trouver une ancienne zone de parachutage. En effet en août 1944, des avions britanniques y ont largué des containers contenant armes, matériel et ravitaillement destinés aux résistants.
Plus loin, l’allée Jack-Mardsen, inaugurée en 2009, rappelle l’attaque du premier maquis « Bourgogne » le 15 mai 1944. L’aviateur britannique Jack Mardsen, blessé, y fut capturé, tandis que le jeune maquisard André Dussault, âgé de 21 ans, y perdit la vie. Aujourd’hui encore, des stèles jalonnent le site et marquent les lieux précis de ces événements.
Le prieuré de l’enfourchure
Le prieuré de l’Enfourchure, fondé en 1209 par Guillaume, comte de Joigny, a été construit par des moines de l’ordre de Grandmont, appelés « Bonshommes ». Ils doivent mener une vie très austère, rythmée par la prière, le silence et le travail agricole. Situé à la limite du comté de Joigny, le monastère a bénéficié rapidement de nombreux soutiens : privilèges accordés par le pape, protection des rois dont Saint Louis et dons de la noblesse locale. Au XIVe siècle, il est devenu un véritable prieuré et a exercé son influence sur d’autres maisons.
Cependant, son histoire a été marquée par de nombreuses difficultés. La guerre de Cent Ans entraîna un déclin important, avec la réduction du nombre de religieux et la dégradation des bâtiments. Au XVIe siècle, l’instauration du régime de la commende a aggravé la situation, malgré les efforts de certains prieurs comme Gabriel Gouffier, qui restaura en partie le site et contribua à son embellissement. Les guerres de Religion, en 1570, portèrent un coup sévère au prieuré : les bâtiments furent pillés, le hameau voisin détruit et une partie des biens perdue.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le prieuré poursuivit son déclin. Les conflits d’autorité, l’absence de communauté stable et la gestion par des prieurs peu présents entraînèrent la disparition progressive de la vie monastique. En 1769, l’ordre de Grandmont a été supprimé, mettant fin à l’existence du prieuré. À la Révolution, ses biens ont été vendus et les bâtiments démantelés. Il ne subsiste aujourd’hui que des éléments dispersés, témoins de ce lieu autrefois dédié à la prière et au recueillement.
Annonces
