Le roi Louis VII le Jeune, né en 1137, doit son surnom à ce qu’il est le fils cadet de Louis VI le Gros. Il a été élevé à l’abbaye de Saint-Denis car il n’était pas destiné à régner avant que ne meure le 13 octobre 1131 son frère Philippe d’une chute de cheval provoquée par la divagation de porcs dans les rues de Paris ce qui allait être interdit suite à cet accident !
Villeneuve-sur-Yonne est née certainement en 1163, de la volonté de ce roi qui désirait protéger les limites du royaume de France face au Comté de Champagne. Il acheta un territoire appartenant aux Prémontrés de Saint Marien d’Auxerre. Plusieurs aménagements virent le jour : le pont, les murailles d’enceintes flanquées de tours précédées de fossés profonds, les portes fortifiées dont deux subsistent. Parallèlement la rive gauche se développa à partir de l’ancien village, appelé « Villefolle ».
Les villes se réveillent à partir du XIᵉ siècle et leur renaissance serait liée à la reprise du grand commerce. Les marchands installent leurs entrepôts et leurs activités marchandes dans un faubourg auprès d’anciens noyaux pré-urbains, mais sans relation avec eux. L’agglomération marchande serait le germe de ces nouvelles villes médiévales. Les marchands sont souvent des serviteurs issus de l’entourage de l’évêque et chargés d’écouler les surplus agricoles ou alors sont d’anciens paysans.
Des bourgs neufs ou des faubourgs marchands se créent sur les lieux d’échanges (marchés et foires) et à proximité des vieilles cités épiscopales ou des points fortifiés. Une enceinte réunit ces deux noyaux en une seule unité, dont les habitants portent le nom de bourgeois et bénéficient des institutions.
Les plus grandes villes prospèrent sur les axes commerciaux actifs, mais aussi au sein des plus riches terroirs agricoles, comme dans le territoire royal. Les « villeneuves » du Bassin parisien sont liées aux grands défrichements.
Le XIIᵉ siècle voit la diversification des fonctions des villes, leur naissance ou leur expansion. Un grand nombre de ces petites villes neuves vivent du marché hebdomadaire, des travaux agricoles et de quelques activités artisanales.
Les fortifications de la ville sont l’œuvre de Philippe-Auguste, qui poursuit l’œuvre de son père Louis VII, fondateur de la cité. L’enceinte fortifiée se déployait sur 1950 m, garnis de six tours, et s’ouvrait par quatre grandes portes. La porte du pont ouvrait sur Villefolle, la porte de Notre-Dame de Valprofonde sur la forêt d’Othe, la porte au nord sur Sens, celle au sud sur Joigny. Une cinquième plus petite, la porte de Rampillon ouvrait sur les coteaux. L’enceinte est entourée de fossés.
Ce rempart pouvait atteindre 6m de hauteur, était sommé d’un chemin de ronde, protégé par un parapet percé de créneaux espacés de merlons. Le tracé des murs est émaillé de tours circulaires ou semi-circulaires. Des planchers séparaient ces tours en 3 étages.
Ces remparts furent totalement vendus aux villeneuviens en 1832, quelques propriétaires en ont conservé des éléments, d’autres les ont détruits sans regrets.

La porte de Sens a été édifiée dès le règne de Philippe-Auguste et constitue un exceptionnel témoignage des fortifications médiévales. Elle présente toujours son dispositif défensif caractérisé par ses tours latérales en éperon pour assurer un maximum de protection. Sous la voûte on distingue les rainures où coulissaient les deux herses qui assuraient la fermeture de la porte. Le système dispose de 4 archères qui permettaient aux défenseurs d’attaquer en tirs croisés un éventuel ennemi qui aurait pu passer le dispositif. Des assommoirs, placés en avant de la première herse complétaient la construction. Intra-muros subsistent des escaliers qui permettaient d’accéder à l’étage et aux courtines qui ceignaient la ville.
La porte de Joigny au sud conserve également un plan caractéristique s’approchant de celle de Sens. Mais la Renaissance a fortement remanié le monument en ouvrant sa façade de fenestrages à meneaux et en le couronnant d’une haute toiture d’ardoise surmontée de deux statues de plomb représentant les archanges protecteurs de la ville. Du XVIIIᵉ siècle à 1837, cette porte abrita la mairie de la ville.
Il ne reste de la façade médiévale sur l’Yonne que la tour Bonneville qui fut lourdement modifiée et aménagée en habitation privée.
Le Donjon ou la Grosse Tour
Le Donjon, ou la Grosse Tour, est liée au règne de Philippe-Auguste, qui succède à Louis VII. Il fit de Villeneuve une de ses 8 résidences royales, et décida de l’édification de cette tour. La construction fut rapide, implantée sur le tracé de l’enceinte fortifiée sans en faire partie intégrante. On sait que le premier registre de Philippe Auguste, rédigé de 1204 à 1211 et conservé à la Bibliothèque vaticane, contient des devis de travaux pour certaines fortifications décidées par le roi : Orléans, Laon, Péronne, Villeneuve.

« Villeneuve-le-Roi », devenue Villeneuve-sur-Yonne sous la Révolution, fut fondée en 1163 par Louis VII dans la « marche séparante » qui s’étendait entre le domaine royal et le comté de Champagne. L’enceinte fortifiée en était encore intacte en 1832, avec ses six tours et ses cinq portes. Outre les portes bien connues de Sens et de Joigny, il n’en reste aujourd’hui que de vestiges, mais la « grosse tour », isolée sur le flanc nord-est et reliée au château des « Salles », s’est heureusement conservée ; la Révolution n’en a démoli que l’étage supérieur.
Tous les caractères des constructions de ce prince s’y trouvent d’ailleurs réunis : plan circulaire, soubassement en talus haut de 3m55, portes opposées au rez-de-chaussée et prises l’une et l’autre dans un encadrement rectangulaire, murs épais de près de quatre mètres, diamètre extérieur de 15 mètres environ, salles couvertes de voûtes d’ogives à six branches (aujourd’hui écroulées), et portées sur des consoles, escalier en vis pris dans le mur. L’alternance, irrégulière, d’assises foncées en calcaire dur et d’assises claires en pierre tendre donne à la tour de Villeneuve une particulière beauté. On remarque aussi la présence de trous de boulin qui montent, deux par deux, en hélice de la base au sommet de la construction et qui prouvent que les matériaux ont été hissés sur une rampe inclinée fichée dans la muraille. Si l’on compare le donjon tel qu’il a été réalisé au devis qui en prescrit les dimensions, on s’aperçoit que les maçons les ont quelque peu modifiées. Si la tour était bien entourée d’un fossé maçonné, pourvue de deux pont-levis, les cotes n’ont pas été tout à fait respectées : les murs n’ont que 3m90 d’épaisseur au lieu de 4m95, le diamètre intérieur étant porté à 7m60 au lieu de 6m60 ; par contre, la hauteur qui n’est plus que de 21m55, atteignait certainement les 27m indiqués au devis.
Considérée comme achevée dans les années 1220, elle est citée dans l’inventaire d’armement des forteresses royales et abrite pas moins de 10 000 carreaux d’arbalètes, faisant de Villeneuve un des arsenaux les mieux pourvus du royaume.
Le pont et l’île d’Amour
Premier monument terminé de la ville, attesté de la ville neuve royale, dès 1186, le pont Saint-Nicolas est le vecteur des échanges commerciaux entre le Gâtinais ou les pays de Loire et les foires de Champagne. Long de 210 mètres, ce pont s’appuie sur la seule île rescapée des aménagements du XIXème siècle : l’île d’Amour. Elle porte les vestiges d’un élément de la défense avancée de la ville, la tour Barbe, qui servait alors d’octroi. Les arches du côté de la fausse rivière sont les plus anciennes. En 1735, Germain Boffrand reconstruisit 3 arches en remplacement des 4 écroulées sur les 7 existantes. Par la suite, plusieurs arches furent à nouveau reprises de part et d’autre et encore élargies pour faciliter le trafic fluvial.
Notre-Dame de l’Assomption
Derrière sa façade Renaissance, Notre-Dame est l’un des plus beaux édifices gothiques de l’Yonne. Démarrée vers 1215, elle est dédiée à la Vierge, dont le culte a pris beaucoup d’ampleur avec Saint Bernard. Le chœur et les premières travées de la nef sont un bel exemple du gothique rayonnant. Bien que la construction se soit échelonnée du XIIIe au XVIe siècle, l’ensemble présente une assez grande unité architecturale, les architectes ayant privilégié les changements des éléments tels que les chapiteaux, les fenêtres et la modénature. A l’intérieur, l’influence du gothique champenois se fait sentir dans l’omniprésence des grandes baies, par le passage au-dessus des arcades des bas-côtés et l’allègement des voutains par le percement d’un oculus.

Le chœur a été réaménagé entre 1756 et 1759 dans un décor rocaille assez chargé. La parure de vitraux est assez disparate entre les fenêtres hautes du chœur où 4 fenêtres au nord ont gardé leurs vitraux du XIIIe siècle. Deux fenêtres de la nef ont été garnies par des remontages d’éléments du XVIe siècle, dont un très beau Jugement Dernier malheureusement incomplet.
La façade est inspirée du modèle antique des arcs de triomphe avec ses trois portails en plein cintre. La partie haute de la façade, projetée en 1575 par l’architecte Jean Chéreau ne sera achevée qu’en 1597, date figurant à la pointe du pignon. De manière exceptionnelle, le dessin original du projet est conservé au Musée-Galerie Carnot. Les deux tours monumentales sont demeurées inachevées.
La maison Joubert
Rue du Pont, derrière une façade d’une grande sobriété, une plaque rappelle la présence à Villeneuve-sur-Yonne du penseur et moraliste Joseph Joubert (1754-1824). Il avait été le disciple de Diderot et l’intime de Rétif de la Bretonne. Par son mariage avec Victoire Moreau il prend une attache locale. Ami de Pauline de Beaumont et de Chateaubriand, il hébergea ce dernier régulièrement dans cette demeure, dans laquelle l’une des chambres rend toujours hommage à l’écrivain.

Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1990, plusieurs tranches de restaurations ont pu être effectuées.
La Maison des 7 têtes
Au 4 rue Carnot, un très bel hôtel particulier construit dans la première moitié du XVIIIe siècle doit son nom aux sept figures mythologiques sculptées sur sa façade. Les divinités représentent les symboles de la vie économique villeneuvienne. Au sommet, Jupiter, roi des dieux, en dessous de gauche à droite, Neptune, dieu des océans, mers et fleuves, Cérès, déesse de la fertilité et des récoltes, Bacchus, dieu de la vigne, Mercure qui protège le commerce et les voyages, et Flore, déesse des plantes et de l’abondance. Au-dessous, en pendant à son frère de l’Olympe, Pluton, dieu des enfers et de la richesse !
La Fontaine Briard du célèbre Emile Peynot
Œuvre du sculpteur Emile Peynot, cette fontaine monumentale fut réalisée dans les années 1880 grâce à Mr et Mademoiselle Briard, descendants d’une famille d’armateurs villeneuviens. Ils ont légué à la ville les fonds nécessaires à l’érection d’une fontaine. Celle-ci est placée à proximité de l’église et du marché. Toutefois, elle ne sera mise en eau qu’en 1906, ce qui lui a valu le surnom de « fontaine des gueules sèches ».
La jeune femme qui la surmonte, assise entre le panier de vendange des vignerons et le gouvernail des mariniers, constitue une allégorie de la ville et rappelle les activités traditionnelles qui l’ont rendue prospère.
Le Relais des Nabis ou la villégiature du tout Paris artistique du XIXe siècle
Datée sous son fronton de 1807, la maison fut, à l’origine, le corps central du Relais de la Poste aux chevaux établi dans le faubourg sud de Villeneuve-sur-Yonne, où son activité se prolongea une cinquantaine d’années, jusqu’à l’essor du chemin de fer dans la vallée.
À la toute fin du XIXe siècle, Thadée Natanson, directeur de La Revue Blanche, et son épouse Misia, alors « en quête d’une grande maison au bord de l’eau qui ne fût pas trop loin de Paris », eurent un coup de cœur lors d’une excursion, pour cet ancien Relais. La vaste demeure et son parc boisé furent alors, de 1897 à 1899, le lieu de villégiature de leurs amis écrivains et artistes, au premier rang desquels les peintres « Nabis » Vuillard, Bonnard, Roussel et Vallotton, ainsi que Toulouse-Lautrec, leur inspirant de nombreux tableaux aujourd’hui disséminés dans les musées et collections du monde entier.
Toulouse-Lautrec y courait avec une tapette pour tuer les mouches, en disant – taïaut, taïaut – pour chasser les guêpes, et annonçait ainsi régulièrement fin août qu’il allait faire l’ouverture de la chasse. Cela voulait dire qu’il allait faire la tournée de tous les bistrots de la ville et il partait deux, trois quatre jours.
Plus près de nous, après avoir perdu les deux ailes qui flanquaient son bâtiment principal, la maison fut, de 1975 à 1982, la propriété de l’écrivain Bernard Clavel (prix Goncourt 1968), qui y écrivit notamment La lumière du lac (paru en 1977) et Le Rhône ou les métamorphoses d’un dieu (paru en 1979).