Paron est mentionné pour la première fois en 1183. Cette terre relevait alors de l’Archevêché de Sens du fait de la présence de la baronnie de Nailly qui dépendait auparavant du domaine royal Carolingien.

Malgré la proximité de Sens et la présence de puissants seigneurs, la paroisse de Paron occupe dès le Moyen-Âge une place relativement modeste. La pauvreté de ses habitants apparaît notamment lors de la reconstruction partielle de l’église entre 1750 et 1752. Situé dans un vallon, l’édifice est fréquemment exposé aux inondations provoquées par le ruissellement des eaux et la présence d’une source voisine, entraînant une dégradation rapide du bâtiment et rendant sa restauration indispensable.

Une église née d’une chapelle

Les habitants proposent de conserver l’ancienne chapelle seigneuriale formant le chœur et de reconstruire la nef, le clocher et le portail. L’architecte Gillet de la Fontaine est alors mandaté pour établir un devis. Deux principes guident le projet : préserver la chapelle existante et protéger la nouvelle nef des eaux, grâce à une élévation du sol, des murs épais en grès et des contreforts. Jugé trop coûteux, ce projet est abandonné au profit d’une version plus modeste conçue par l’architecte sénonais Thomas Adenis.

L’édifice final, réceptionné en Janvier 1752, comprend une nef courte de deux travées et une façade sobre percée d’une large porte cintrée surmontée d’un œil-de-bœuf. Des réparations sont toutefois nécessaires dès 1756, révélant la fragilité persistante du bâtiment.

L’église présente une architecture intérieure partiellement voûtée et conserve des contreforts probablement médiévaux. Elle abrite une boiserie ornée de pilastres corinthiens, datable de la seconde moitié du XVIIe siècle, ainsi que des fragments de vitraux datés de 1556 et une plaque commémorative dédiée à Jules Paris et à son épouse (1863).

Dans le cimetière attenant subsiste le piédestal d’une croix élevée en 1532 à l’emplacement d’un ancien monastère dédié à saint Médard, aujourd’hui disparu.

L’église Sainte-Florence a pour patron secondaire Saint-Bond, ermite installé sur la colline voisine. C’est seulement au XIIIᵉ siècle que Paron est devenu paroisse avec sa propre église. Si, en 1350, l’église n’a qu’un seul patron, saint Bond, le vocable de Sainte Florence est attesté en 1476, vraisemblablement en hommage à Sainte Florence de Carthagène, fêtée le 20 juin.

L’ermite Saint-Bond et ses multiples miracles

Né dans les environs de Sens au milieu du VIe siècle, Bond s’était retiré en Espagne avec son épouse. Prévenus par des pèlerins revenant de Saint-Jacques-de-Compostelle, ses parents ont fini par le retrouver. L’épouse les reçut, avant de partir prévenir son mari. Mais de retour chez lui, Bond tua par erreur son père et sa mère, croyant punir sa femme infidèle au lit avec son amant.

Conscient de son double meutre, Bond prit la direction de Jérusalem pour implorer le pardon, avant de gagner Rome et Sens. L’évêque Arthème, dix-neuvième évêque de Sens, lui imposa une pénirence : arroser sans relâche, un bâton sec planté au sommet d’une colline, jusqu’à ce qu’il donne feuilles et fleurs. L’acharnement de l’ermite, qui vivait en étroite solitude et austérité, a donné lieu à un reverdissement divin. L’arbre aurait même servi de charpente à une église dressée en ce lieu.

Le pénitent réalise de multiples miracles. Alors qu’il parcourt, chargé de cruches d’eau, le chemin longeant le pied de la montagne, il croise de pauvres femmes portant un enfant à l’article de la mort, il sauve le garçon mourant qu’il adopta ensuite.

Une autre légende s’est bâtie durant l’une de ses traversées entre la rivière d’Yonne et la colline. Quand le pénitent tomba de sommeil, le diable se tint près de lui et brisa sa cruche. La terre donna alors naissance à une fontaine, devenue un petit ruisseau se faufilant jusqu’à l’Yonne… qui devint une source de remèdes à toutes sortes de maladies pour les hommes et les troupeaux.

À la fin du XVIIIe siècle, le manuscrit de Théodore Tarbé qualifie le pénitent espagnol de pur Sénonais originaire de Ru Couvert, basée sur l’actuelle commune de Paron. Les restes du corps chétif de Saint-Bond seront découverts près de 500 ans après son trépas, en creusant les fondations d’une nouvelle chapelle, projet de Richer, archevêque de Sens vers 1090. Le prieuré fut brûlé par les Huguenots en 1567 et profané, avec dispersion des reliques par les troupes de Henri IV, en Mai 1590.

Paron et le vin… une histoire d’amour depuis l’Antiquité

L’histoire entre la commune de Paron et la vigne a démarré à l’Antiquité. De nombreux textes entre les XVIe et XVIIIe siècles font état d’un vin de grande qualité. Jusqu’au XIXe siècle, Paron est un village de vignerons et d’agriculteurs, célèbre pour son vignoble nommé « Crève-Cœur », qui occupe 190 hectares en 1787 et 130 hectares en 1829. Les vignes paronnaises disparaissent totalement au début du XXe siècle sous l’influence de plusieurs causes dont la principale : le phylloxéra –maladie propagée par un insecte– apparu en 1876. Mais faire revivre le vignoble Sénonais, c’est le rêve familial de Frédéric Duponchel, de sa fille Marie et de son compagnon, Florian Ruscon. Ils furent appuyés par le viticulteur chablisien Bernard Raveneau. Ensemble, ils ont fondé le Domaine des Sénons.

Le choix d’implanter ici des vignes fait appel au passé et à la composition des sols. Une craie en roche mère (moins d’un mètre de profondeur), recouverte d’une argile, avec une présence de silex forme un mélange rarement réuni et laisse présager une certaine qualité. La plantation de pieds de vigne a été effectuée en avril 2020. Une répartition de différents cépages chardonnay, pinot gris et pinot noir pour à terme une production de 70% de vin blanc et 30% de rouge.

Ce projet combine plusieurs solutions en lien avec l’écologie et le développement durable à travers une technique d’agriculture biodynamique. Les inter-rangs sont enherbés et des nichoirs à chauve-souris ont été installés pour éviter l’utilisation d’insecticides.

La ligne ferroviaire Sens-Montargis devenue Paris-Lyon-Marseille

La ligne ferroviaire dite « d’Orléans à Châlons-sur-Marne » est concédée le 14 juin 1864 et approuvée par décret impérial de Napoléon III le même jour, puis déclarée d’utilité publique, confirmant son importance stratégique dans le réseau régional.

Initialement à voie unique, elle est inaugurée le 6 Octobre 1874. À la suite des difficultés de la Compagnie du chemin de fer d’Orléans à Châlons, l’État reprend son exploitation par décret du 25 Mai 1878, dans un contexte de réorganisation du réseau national. Une seconde voie est posée en 1880.

Par convention du 26 Mai 1883, approuvée par la loi du 20 Novembre 1883, la ligne est cédée à la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) et intégrée à son réseau.

En 1929, cinq omnibus quotidiens relient Montargis à Sens en 1h39, donc 38 km/h en moyenne. La baisse de fréquentation entraîne la fermeture aux voyageurs en Octobre 1939.

Le tronçon Sens–Subligny connaît toutefois un usage ponctuel pour l’acheminement de matériaux lors du chantier de l’autoroute A19.

La forteresse devenue château 

A partir du XIVe siècle, Paron a eu des seigneurs laïcs dont le plus célèbre est sans doute le riche bourgeois sénonais, Gontier Col, trésorier de France et le plus remarquable diplomate du règne de Charles VI au XVe siècle.

Dès cette époque et jusqu’en 1746, il est régulièrement fait mention de la « forteresse » de Paron.

Après de nombreux possesseurs successifs qui ne firent que passer, le domaine est acheté en 1766 par le comte Guillaume Alexandre de Polignac. Ce dernier appartenait à une famille de l’Angoumois, se disant sortie des Polignac du Velay. Il est vraisemblablement le constructeur du nouveau château de Paron qui remplaça la forteresse médiévale. Son fils, Charles de Polignac réclamera en 1825 sa part des biens vendus en 1797. Depuis la Révolution, plusieurs propriétaires se sont transmis le château de Paron avant qu’il ne devienne, en 1950, un institut privé, fondé par une association de familles protestantes, sous le nom « d’Ecole Théodore de Bèze ».

Ce château est une construction assez massive de la seconde moitié du XVIIIe siècle, formée d’un bâtiment rectangulaire avec deux ailes de même hauteur en retour. Du côté parc, le corps central se présente avec ses ailes sur le même alignement composant une large et harmonieuse façade de trois travées limitées par de légers décrochements. Deux hauts pilastres encadrant la porte du vestibule et la porte-fenêtre de l’étage soutiennent au niveau de l’entablement un fronton triangulaire dont le tympan est orné d’un large cartouche armorié.

A l’intérieur, de part et d’autre du vestibule d’entrée, deux anciens salons ont conservé leur décor d’origine.

Cette belle demeure reflète son fronton ou la croix huguenote a remplacé les armes des Polignac martelées à la Révolution, dans la pièce d’eau alimentée par le ruisseau voisin.

La célèbre Galette Chicouet

Autrefois, Paron était célèbre pour sa Galette Chicouet, une savoureuse galette feuilletée que l’on dégustait encore tiède. Vendue 5 sous en 1914, elle était également proposée sous le marché couvert et contribua largement à la renommée de la Maison Chicouet, bien au-delà de Sens et des départements voisins.

La famille Chicouet, originaire de Gron, s’installe dès le XVIIIe siècle à Paron pour y cultiver la vigne. Par la suite, en 1861 Louis Théodore Chicouet fonde un établissement au 6 avenue de la Liberté, sur qui allait devenir un lieu incontournable pour les Sénonais ; en effet, très rapidement, la Galette Chicouet est devenue une institution et attirait une foule nombreuse chaque dimanche et jeudi pour savourer avec plaisir la fameuse galette à la Maison Chicouet. On y venait à pied par Saint-Bond et l’on repartait en longeant les bords de l’Yonne.

 

La célébrité de la galette était telle qu’une chanson lui fut même consacrée. Selon les archives du Club Philatélique de Sens, son refrain proclamait avec entrain :

Ah ! Quel temps splendide !
Le ciel est limpide ;
Allons donc à Paron,
Près de Sens, il y fait bon…

Refrain :
La Galette !
La Galette de Paron
Dont Chicouet, le gai luron,
Garde la recette,
La bonne Galette !
Tous en la mangeant, buvons,
Puis en l’arrosant, trinquons
Et chantons
La Galette !

Le rond-point de l’Avenue de la LIberté porte aujourd’hui le nom de « Rond-Point de la Galette Chicouet », en hommage à la Maison Chicouet, qui cessa son activité en 1974, faute de successeur.

Usine à gaz de Paron

Le 8 septembre 1853, le conseil municipal de Sens établit un cahier des charges pour l’éclairage au gaz de la ville. Une usine fut donc construite à Paron sur le site de la Pointe aux Roués. Elle fut ouverte fin 1854. Une usine à gaz est une installation industrielle destinée à produire du gaz manufacturé, ou « gaz de ville », principalement à partir de la houille (gaz de houille).

Très répandues en Europe aux XIXe et XXe siècles, ces usines ont marqué le paysage industriel, notamment par la présence des grands gazomètres métalliques servant au stockage du gaz. Elles ont cependant été à l’origine d’importantes pollutions, liées notamment aux résidus du charbon. L’essor du gaz naturel, plus performant et plus énergétique, a progressivement rendu ces installations obsolètes. En 1961, l’arrivée du gaz naturel a sonné le glas de la production de gaz de houille. L’usine à gaz a été démolie, et EDF-GDF a construit ses locaux sur son emplacement.

Les pupitres à découvrir sur la commune