Les Bordes

Un habitat agricole rustique

Le village des Bordes est situé entre Villeneuve-sur-Yonne et Dixmont, dans la petite vallée du ru de Saint-Ange. Ce cadre naturel, caractérisé par un relief doux et la présence d’un cours d’eau secondaire, a probablement favorisé un habitat rural dispersé plutôt qu’un bourg structuré.

Le sous-sol crayeux, recouvert d’argile mêlée de silex, forme un sol lourd mais fertile, propice à une agriculture modeste plutôt qu’à une occupation dense et ancienne. Aucune découverte archéologique ne témoigne d’un peuplement ancien, ce qui suggère une occupation tardive, liée à une mise en valeur progressive des terres.

Le toponyme est attesté en 1257 sous la forme bordæ de Dimone, soulignant dès l’origine le lien avec Dixmont. Cette dépendance se confirme encore en 1606, où Les Bordes ne constituent qu’un simple fief.

Le mot « borde », issu du francique borda (« planche »), désigne une cabane ou une habitation sommaire. Il renvoie à une petite exploitation agricole, marquée par un caractère modeste et parfois temporaire. Ce terme suggère un habitat initial lié à des activités rurales peu structurées, possiblement saisonnières.

On peut ainsi envisager une origine liée à une économie pastorale, où la borde servait d’abri temporaire. Ces installations légères auraient progressivement formé un petit groupement d’habitations, conservant la mémoire de ces constructions. Le lieu-dit « La Borde à Jean Jalmain » illustre cette logique, associant une exploitation à un nom de personne, et témoigne de l’ancrage de ces petites unités agricoles dans le paysage local.

Bénigne de Saint-Mars aux Bordes

La commune des Bordes s’inscrit dans un territoire marqué par la présence de Bénigne Dauvergne de Saint-Mars (1626-1708), figure militaire importante du règne de Louis XIV. Gouverneur de plusieurs prisons d’État, dont la célèbre Bastille à partir de 1698, Saint-Mars est notamment associé à la garde du mystérieux Homme au masque de fer.

À partir des années 1680, il renforce son ancrage local en acquérant progressivement la seigneurie de Dixmont, dont dépendaient Les Bordes. Il possède également le château de Palteau, situé à proximité, où il réside fréquemment. Ce domaine devient un lieu de passage notable : en 1698, Saint-Mars y fait halte en route vers Paris, accompagné de son célèbre prisonnier.

Ainsi, à travers la figure de Saint-Mars, Les Bordes se trouvent indirectement liés à l’histoire du pouvoir royal et à l’une de ses énigmes les plus célèbres. Cette proximité avec un personnage clé de l’appareil d’État confère à la commune une dimension historique singulière, inscrite dans les réseaux de pouvoir et les grandes affaires du royaume.

L’église Saint Pierre

L’église Saint-Pierre est un édifice religieux dont la construction remonte au XIIIe ou au XIVe siècle, pendant l’essor de l’architecture. Elle s’inscrit plus précisément dans le courant du gothique dit rayonnant, comme en témoignent plusieurs éléments caractéristiques de sa structure. Parmi ceux-ci, on remarque notamment ses contreforts rectangulaires, sobres et massifs, qui rappellent le style architectural développé dans l’influence de Cîteaux.

Par ailleurs, les baies de l’église sont ornées d’arcades en arc brisé, caractéristique de l’art gothique, qui permet à la fois une meilleure répartition des forces et une élévation plus harmonieuse de l’édifice. Ces baies contribuent à l’esthétique générale du bâtiment, en lui conférant une impression de légèreté et d’élan vertical, malgré la relative simplicité de ses volumes. Ainsi, cette église Saint-Pierre apparaît comme un exemple représentatif d’une architecture gothique simple, où la fonctionnalité et la sobriété s’allient à une recherche d’équilibre et d’élégance.

Le maquis Bourgogne aux Bordes

La commune des Bordes occupe une place centrale dans l’histoire de la Résistance locale pendant l’été 1944. C’est dans ses bois, à proximité du hameau de la Grange-aux-Malades et du Clos-Aubry, que le maquis Bourgogne, fondé par Louis Priault et intégré au Service National Maquis, s’installa au printemps 1944. Initialement modeste, le maquis prit de l’ampleur après le Débarquement en Normandie, rassemblant jusqu’à 130 hommes répartis en plusieurs sections et armés pour défendre leur campement.

Le 3 août 1944, Les Bordes furent le théâtre d’une violente attaque allemande. Les maquisards opposèrent une résistance courageuse, permettant le repli de leurs camarades, mais le village et ses alentours subirent des destructions : la ferme de Gaston Solmon fut incendiée et plusieurs habitants arrêtés, battus et emprisonnés à Sens pour complicité avec le maquis. Les semaines suivantes furent marquées par une répression féroce dans la région, avec de nombreux accrochages, arrestations et exécutions de maquisards et de civils, rappelant l’intensité des combats sur ce territoire.

La mémoire de ces événements est aujourd’hui honorée dans la commune. Une plaque sur le monument aux morts des Bordes rend hommage à quatre Résistants tombés en août 1944, et une stèle au Bois des Finettes, proche du hameau du Clos-Aubry, commémore trois maquisards et un agent de liaison fusillés par les Allemands. Ces hommages témoignent de l’importance historique et symbolique de la commune des Bordes dans la Résistance et le sacrifice de ses habitants pendant la Seconde Guerre mondiale.

La roche au diable, un site naturel surprenant

Aux Bordes, en fond de vallée et le long de la route reliant Theil-sur-Vanne au village, en passant par le hameau de Maurepas, se trouve un site remarquable connu sous le nom de Roche au Diable. Il s’agit d’un tertre naturel parsemé de roches imposantes, dont la forme singulière a inspiré la tradition populaire à associer le lieu à la présence du Prince des ténèbres.

Toutefois, aucune tradition populaire précise ne semble s’y rattacher dans la mémoire collective récente. L’énorme roche qui coiffe le tertre fait partie de la catégorie des grès « diabolisés » par l’Église à différentes époques.

On y trouve également une roche creuse, appelée la Baignoire, qui était remplie avec l’eau de la fontaine Saint-Pierre, un petit ruisseau au débit faible mais constant, issu d’un enclos grillagé près du hameau de Maurepas et se perdant à proximité de la Roche au Diable.

Selon la tradition locale, cette cavité servait à plonger les enfants malades pour des ablutions rituelles. Cette pratique rappelle d’anciennes pratiques dénoncées dès le VIIᵉ siècle par saint Éloi, qui mettait en garde contre certaines pratiques d’ablutions païennes.

Ainsi, la Roche au Diable illustre un mélange fascinant de géologie, de légendes populaires et de pratiques traditionnelles, témoignant de l’histoire culturelle et spirituelle des Bordes.