Le premier nom latin de cette localité fut, au IXe siècle, Collumbarum. Le village appartenait au pagus (territoire) de Sens. L’abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, puis le chapitre de Sens occupèrent le pays. A la Révolution, l’abbaye partageait la seigneurie avec la maison de Polignac.
L’église Saint-Martin de Collemiers
L’église paroissiale est dédiée à Saint-Martin. La construction débuta au XIIe siècle, le chœur et l’abside datent quant à eux du XIIIe. La nef, fut remaniée dans le premier tiers du XVIe, le mur sud fut alors percé de deux baies qui reçurent, vers 1530, des vitraux dont le Calvaire aussi appelé Crucifixion, qui subsiste en grande partie. C’est ce vitrail dont le modèle est attribué à Jean Cousin, célèbre artiste Sénonais. En effet, il existe au musée des Beaux-Arts d’Angers un projet, ayant appartenu à un maître verrier parisien, dont le rapprochement avec celui de notre église ne fait aucun doute.

La belle-mère de Jean Cousin, propriétaire de terres à Collemiers dont il hérita par la suite, explique qu’il ait œuvré pour l’embellissement de cette église. Celle-ci a ensuite été restaurée au XVIIe. Les registres paroissiaux font état du baptême d’une cloche de l’église : la Marie-Toussainte, le 1er Août 1695, probablement à l’achèvement de cette restauration. Le porche est quant à lui plus récent. Au XIXe, de nouvelles verrières, encore présentes à ce jour, furent installées, par l’atelier Sacreste basé entre Saint-Etienne et le Puy-en-Velay.
En 1904, le vitrail du Calvaire fut classé aux Monuments Historiques. Maurice Barrès, fut sollicité, dans le cadre de sa fameuse campagne pour les églises menacées suite à la séparation de l’Église et de l’État en 1905, pour mettre en avant le sauvetage de l’église.
L’intérieur a également bénéficié de travaux, y compris sur le vitrail classé, dont le soleil -disparu pour faire passer le tuyau de poêle du chauffage- a retrouvé sa place en face de la Lune. Tous ces travaux nous permettent d’avoir aujourd’hui un monument ayant un peu perdu de son cachet médiéval, mais en très bon état bien que parmi les plus anciens du Sénonais.
Les cloches ont quant à elles été la cause d’un procès ; en effet, le maire ayant voulu les sonner pour un enterrement civil, le curé lui intenta un procès et la commune fut condamnée au franc de dommages-intérêts réclamé par le poursuivant.
Au revers de la Crucifixion conservée au musée d’Angers apparaît le nom de Jean Allardin, peintre-verrier parisien attesté entre 1541 et 1544, qui en fut le propriétaire. L’attribution du dessin à Jean Cousin, jamais contestée, se trouve encore renforcée par les rapprochements que l’on peut établir avec un vitrail du Calvaire conservé dans l’église de Collemiers, près de Sens, village où l’artiste possédait des terres. On y relève non seulement une grande proximité dans l’organisation générale de la composition, mais aussi des correspondances précises : le voile de la Vierge tombant de façon identique devant son visage, l’avant-bras particulièrement large du Christ, ou encore les longues mains de Saint-Jean. Le visage de ce dernier présente d’ailleurs de frappantes similitudes avec celui du Saint figurant dans le vitrail du Jugement dernier à Villeneuve-sur-Yonne. Il est ainsi très probable que le peintre-verrier de Collemiers ait travaillé d’après un modèle fourni par Cousin, sans doute très proche de celui qui appartenait à Jean Allardin.
Dans le premier tiers du XVIe siècle, le mur sud de la nef de l’église de Collemiers fut percé de deux baies destinées à accueillir des vitraux, dont l’un -le Calvaire- subsiste aujourd’hui presque intégralement. L’ensemble fit l’objet d’une restauration en 1916 ; c’est vraisemblablement à cette occasion que le rondel représentant la Charité de Saint-Martin fut inséré dans le soubassement.
La campagne de 1916 concerna notamment le buste du Christ, la partie inférieure de la robe de la Vierge ainsi que le paysage de la lancette droite. L’œuvre fut à nouveau déposée et restaurée après les dégradations survenues en 2004-2005, consécutives au ravalement extérieur de l’édifice.
Lors de travaux récents, des restes de fresques du XVIe siècle ont été dégagés. Ils montrent une exceptionnelle « Danse Macabre », rappelant les très célèbres représentations de la Ferté-Loupière. De plus, le mur Nord de la Nef fait apparaitrre un curieux assemblage d’ossements d’origine inconnue.
La Maison des Dix et André Malraux
À l’été 1940, dans le contexte troublé de la Seconde Guerre mondiale et de l’Occupation, André Malraux -écrivain, résistant, intellectuel français et puis plus tard homme politique- arrive au village en provenance du camp de prisonniers de Sens. Il n’est pas seul : il est accompagné de neuf autres prisonniers, formant un groupe de dix hommes réquisitionnés pour venir en aide aux cultivateurs locaux, alors privés d’une partie de leur main-d’œuvre.
À leur arrivée, les conditions de vie sont modestes. Les dix hommes sont d’abord hébergés dans une simple remise. Peu après, ils sont transférés dans la maison du général Guitry, sur décision d’un lieutenant allemand qui ne souhaitait pas utiliser cette demeure. Ce déplacement marque le début d’une période particulière dans l’histoire du village.
La maison devient rapidement connue sous le nom de « maison des Dix ». Réunis autour d’André Malraux, déjà célèbre pour son roman La Condition humaine, les prisonniers ne partagent pas seulement une situation commune : ils forment une communauté soudée par l’épreuve, le travail et la réflexion. Malraux transforme ce lieu en un espace d’échanges intellectuels et de discussions passionnées, où la culture et la pensée deviennent des formes de résistance.
Les Noyers de l’Altenburg, ouvrage publié en 1943, est un roman énigmatique qui devait faire partie d’une série plus importante intitulée La Lutte avec l’ange. André Malraux prétendait que la Gestapo avait saisi le deuxième tome de cet ouvrage qu’il n’a pas voulu poursuivre après la Seconde Guerre mondiale. Ce roman a été composé à la suite de son évasion de la Maison des Dix, retraçant le désastre de l’armée française vaincue et présageant un avenir différent, sans retour possible à l’avant-guerre.
André Malraux -de son vértitable nom Georges André Malraux-, a laissé de son passage à Collemiers les registre de présence attestant de sa détention à la Maison des Dix. La signature « Georges Malraux » y figure jusqu’au 2 Novembre 1940… remplacée ensuite par la mention « évadé 4-5 Novembre ».

Le choix a été fait par la Municipalité de nommer la place du village « place des Dix », plutôt que « Place André Malraux » afin de rappeler l’émulation intectuel de ce groupe de prisonniers, frères d’armes qui, à ses côtés, ont partagé cette expérience. La place des Dix devient ainsi le symbole des valeurs essentielles qui les unissaient : solidarité, dignité, fraternité et attachement à la liberté de l’esprit.
Aujourd’hui encore, ce nom rappelle qu’au cœur des temps les plus sombres, des hommes ont su préserver leur humanité et faire d’un lieu ordinaire un espace de mémoire et d’espérance.
La Villa Henri
Seule cette carte postale du début des années 1900 nous donne cette appellation de « Villa Henri ». Cette grande demeure fut construite vers la fin du XIXe siècle à l’initiative d’Henri Chénier, fleuriste parisien ayant pignon sur rue au numéro 7 de la rue de Provence avant de s’installer au 23 de la rue Drouot.
Sa mère, née à Collemiers en 1845, il y avait séjourné, dans sa jeunesse, chez sa grand-mère qui exerçait la profession de couturière. Il était né à Sens en 1866 et était très attiré par notre village d’où cette construction, qui à l’époque, était considérée comme la plus belle du pays.
Il n’en profita guère, en effet dans l’édition du Figaro du 26 avril 1906, on pouvait lire la nouvelle suivante :
« M. Chénier, le fleuriste si connu des Parisiens, est mort hier, presque subitement, à Collemiers, près de Sens, où Mme Chénier, qui dirige les magasins de la rue Drouot, s’est rendue en toute hâte.
Les obsèques auront lieu demain vendredi, à dix heures et demie, à Collemiers. »

Malgré sa relative jeunesse, Henri jouissait d’une grande notoriété dans son milieu professionnel, il était aussi chevalier du Mérite Agricole, chevalier de l’ordre d’Isabelle la Catholique et membre de la société nationale d’horticulture de France.
Il a sa tombe au cimetière de Collemiers en compagnie de ses parents.