Perché sur la colline dominant le village d’Armeau, le château de Palteau est un remarquable témoin de l’histoire locale et nationale. Construit dans le style Louis XII, il fut enrichi d’une aile au XVIIe siècle puis d’une autre au XIXe siècle, formant un ensemble architectural harmonieux. Son pavillon d’angle, entouré de douves, conserve une chambre traditionnellement associée à l’Homme au Masque de fer.

Le château de Palteau et le Masque de fer

Le château est en effet lié à l’un des plus grands mystères du règne de Louis XIV. En 1680, lors de son transfert vers la prison de Pignerol, l’Homme au Masque de fer y séjourna. À cette époque, Palteau appartenait à Bénigne Dauvergne de Saint-Mars (1626-1708), officier du roi et futur gouverneur de la Bastille. Fidèle serviteur de la monarchie, recommandé par d’Artagnan et proche du ministre Louvois, Saint-Mars fut chargé de la garde de prisonniers d’exception, dont Fouquet et le célèbre détenu masqué, qu’il accompagna jusqu’à Paris en 1698.

Résidence privilégiée de Saint-Mars, le château de Palteau est aujourd’hui situé dans l’un des hameaux d’Armeau, Palteau et le Petit Palteau.

En 1687, sous Louis XIV, une gazette clandestine janséniste révèle l’existence d’un prisonnier d’État transféré par ordre du roi au fort de l’île Sainte-Marguerite par le gouverneur Saint-Mars. L’homme, détenu depuis longtemps à Pignerol, est maintenu dans le plus grand secret : son nom ne doit jamais être prononcé, sous peine de mort, et il est transporté masqué. En 1698, Saint-Mars devient gouverneur de la Bastille et y fait enfermer ce prisonnier mystérieux.

Une seconde source apparaît en 1745 dans un ouvrage satirique anonyme, qui identifie le prisonnier masqué au comte de Vermandois, fils illégitime de Louis XIV, prétendument emprisonné pour avoir frappé le Dauphin. Le récit insiste sur les égards exceptionnels dont il bénéficiait et sur les précautions extrêmes prises pour dissimuler son identité.

C’est Voltaire qui popularise définitivement la légende dans Le Siècle de Louis XIV (1751), en décrivant un détenu arrêté en 1661, contraint de porter un masque de fer et traité avec un respect singulier. Il ajoute plusieurs anecdotes frappantes, nourrissant l’imaginaire collectif.

Le mystère s’épaissit avec la mort, en 1703 à la Bastille, d’un prisonnier anonyme enterré sous un faux nom. Malgré les documents retrouvés par les Archives nationales, l’identité de l’«homme au masque de fer » demeure inconnue. Les hypothèses se multiplient : frère secret du roi, Nicolas Fouquet, le comte de Vermandois, d’Artagnan ou même Molière. Les précautions prises après sa mort pour effacer toute trace de son existence renforcent encore l’énigme, qui continue de fasciner jusqu’à aujourd’hui.

L’église Saint-Sulpice d’Armeau

L’église actuelle fut édifiée entre 1872 et 1875 sous la direction de Louis Lefort, architecte diocésain qui collabora également avec Eugène Viollet-le-Duc. Elle remplace une église romane du XIIe siècle, précédée certainement par une chapelle mérovingienne, bâtie sur la colline à l’emplacement de l’actuel cimetière.

Placée sous le patronage de Saint-Sulpice, célébré le 17 janvier, mais également honoré le 27 août -date de la translation de ses reliques à Paris-, l’église est aussi dédiée à Saint Antoine d’Égypte, fêté le même jour.

Elle conserve deux cloches : l’une, de 350 kilos, offerte par la marquise de la Briffe ; l’autre, de 196 kilos, donnée par la confrérie de la Sainte-Vierge et parrainée par Monsieur du Chayla et son épouse, née de Sébeville. Ce dernier était le propriétaire de la maison occupée par le penseur Joubert à Villeneuve-sur-Yonne.

Les vitraux du chœur illustrent, de gauche à droite, la parabole du Bon Samaritain, la Présentation de Jésus au Temple, trois scènes de la Passion au centre, puis la Résurrection et saint Sulpice. Dans les baies axiales figurent Saint Joseph et l’apparition de la Vierge à Bernadette.

L’édifice abrite plusieurs statues intéressantes, Saint Roch, Saint Vincent, Saint Antoine, Saint Sulpice et Saint Jacques-de-Compostelle, mais surtout une remarquable Vierge allaitant en pierre polychrome, de la première moitié du XIVe siècle, caractéristique de la sculpture champenoise.

Une importante campagne de restauration a été menée en 2019, comprenant le ravalement des façades, la réfection de la toiture et l’aménagement d’un parvis.

Paul Robert à Armeau : dix années pour révolutionner le dictionnaire

De 1969 à 1979, c’est à Armeau que le lexicographe Paul Robert choisit de vivre et de travailler. Dans l’ancien presbytère du village, situé rue du Moulin-à-Vent sont conçus, pendant près de dix ans, les célèbres Petit Robert, qui marqueront durablement l’histoire de la lexicographie française.

Lexicographe Paul Robert

Né le 19 octobre 1910 à Orléansville, en Algérie, Paul Robert entreprend des études de droit à Paris et à Alger à partir de 1934. Très tôt, il imagine un dictionnaire nouveau, fondé sur les relations et les associations entre les mots. En 1945, juste après l’armistice, il concrétise son projet. Présenté à l’Académie française en 1949, il reçoit un accueil favorable. Le premier fascicule paraît en 1951 aux Presses Universitaires de France, Paul Robert fonde ensuite sa propre maison d’édition. En hommage, la bibliothèque d’Armeau est la seule en France à porter désormais le nom de Paul Robert.

À quelques kilomètres l’un de l’autre, deux grands noms du dictionnaire français ont leurs racines dans l’Yonne. À Toucy, est né Pierre Larousse (1817-1875), fondateur des éditions Larousse et créateur du Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, une entreprise encyclopédique destinée à diffuser le savoir au plus grand nombre.

Ainsi, notre territoire a vu naître et travailler deux figures majeures de la lexicographie : Larousse, le pédagogue encyclopédiste, et Robert, l’architecte des mots et de leurs réseaux.

Les pupitres à découvrir sur la commune