Les moines de Saint-Denis, près de Paris, seraient venus s’installer à Sainte-Colombe au IXe siècle. Ils défrichent et cultivent les terres alentours. Ils construisent des « granges », sortes d’annexes, pour le matériel et les récoltes. Comme les moines ne peuvent pas rentrer à l’abbaye pour chaque office, ils construisent également des chapelles, au milieu des champs, dont une dédiée à Saint-Denis, leur saint patron.
Petit à petit, des habitations se construisent autour de ces granges et chapelles. Elles sont occupées par des familles qui travaillent pour les moines, à mesure que les terres cultivées s’agrandissent.
Le village est une paroisse jusqu’à la Révolution, administrée par un curé, les abbés de Sainte-Colombe et les seigneurs.
Des origines gauloises
Une fouille important menée en 1992 a permis de retrouver après décapage des fosses et des séries de trous de poteaux. Ces derniers dessinent le plan de bâtiments en bois et torchis. Ces éléments appartiennent certainement à un établissement rural de type « ferme indigène » dont on connait un certain nombre d’exemplaires en Gaule. Les structures montrent deux phases successives de l’occupation du site. Dans un premier temps, trois bâtiments sont installés dans un espace trapézoïdal, la plus grande des constructions, rectangulaire, mesure 16m par 8m, et sert probablement d’habitation principale. Un second bâtiment plus petit de forme rectangulaire et muni d’un auvent et un bâtiment circulaire font penser à des structures annexes à vocation agricole ou artisanale (étable, grenier, atelier ?). Cette première étape pourrait dater des années 70 à 60 avant J.C.
La culture et l’élevage sont des activités principales, dont on ne possède que des témoins indirects : restes d’ossements animaux, fragments de forces destinés à la tonte des moutons, faisselle en terre cuite servant à la fabrication du fromage. La présence d’un atelier de tissage est également attestée par la découverte d’une série de pesons pyramidaux en terre cuite.
Une nouvelle enceinte, plus grande que la précédente, rectangulaire délimite un vaste espace de 70 par 76 mètres. Une nouvelle construction proche de la clôture doit lui être associée. Ces aménagements pourraient être datés entre 30 av. JC et 10 ap. JC, soit l’époque Augustéenne.
Dans le remplissage d’un des trous de poteaux du grand bâtiment rectangulaire de la première phase, 242 globules à la croix ou statères, en or ont été découverts lors des travaux menés pour la création de l’autoroute A5. Ce sont des monnaies émises vers les années 70/60 av. JC.
Sainte-Colombe à Saint-Denis-lès-Sens
La seigneurie relevait autrefois de l’abbaye de Sainte-Colombe de Sens, établie sur son propre territoire. Cette abbaye d’hommes, appartenant à l’ordre de Saint-Benoît, fut fondée en 620 et ne disparut qu’à l’époque de la Révolution française, après plus de douze siècles d’existence.
L’abbaye exerçait son autorité judiciaire par l’intermédiaire du bailliage de Sainte-Colombe, dont dépendaient Cuy, Villeperrot, Gron, Jouancy et des Bordes. Le bailli rendait la justice dans une salle de l’abbaye. La juridiction de ce bailliage est limitée du côté de Sens par la rivière d’Yonne et par ses deux rives, conformément à la donation consentie par le roi Philippe Auguste. Elle englobait toutefois la route de Paris, le territoire de Saint-Denis, ainsi que les parties nord du quartier Saint-Didier de Sens. Ce mode d’organisation judiciaire se retrouvait, à l’identique, dans les autres abbayes.

Au XIXe siècle, une communauté religieuse féminine s’installa dans les bâtiments de l’ancienne abbaye. Dissoute par la loi sur les associations, elle transféra ensuite son siège en Belgique. Les lieux, entourés de fossés et protégés par une haute grille en fer forgé, furent alors réservés à l’accueil des religieuses âgées.
L’église de Saint-Denis
L’église Saint-Denis, édifiée pendant la Renaissance, est construite sur un plan simple. Elle se compose d’une nef unique prolongée par un chevet à trois pans.
Ses dimensions sont remarquables : elle mesure 31 mètres de longueur, 6,50 mètres de largeur pour la nef et 5,70 mètres au niveau du sanctuaire. La hauteur de la voûte atteint 8,55 mètres dans la nef et 8,30 mètres dans le chœur.
Le portail, datant de la fin du XVIe siècle, présente un élégant cintre à caissons inscrit dans un quadrilatère sculpté. Celui-ci est encadré de deux pilastres cannelés supportant une frise d’ordre dorique. Sur le côté, une petite porte basse, contemporaine du portail mais de facture plus simple, se distingue néanmoins par la finesse de son dessin.

À l’intérieur, la voûte de plâtre repose sur cinq poutres transversales, dont certaines sont ornées de sculptures. Elle s’appuie sur les murs latéraux par l’intermédiaire de poutres longitudinales dont les extrémités sont sculptées de gueules d’animaux semblant les avaler. Dans le chœur, la poutre faîtière est décorée de trois pendentifs en bois sculpté représentant des anges tenant chacun un écusson. Sur le dernier, on distingue les armoiries de la famille de Salazar, famille de l’archevêque de Sens du même nom, entre 1474 et 1519.
L’église conserve également quelques fragments de vitraux anciens, dont un représentant saint Vincent datant du XVIe siècle, ainsi qu’un vitrail plus récent illustrant la vie de sainte Colombe.
Deux éléments font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques : un panneau de bois sculpté et polychrome du XVIe siècle représentant la Dormition de la Vierge, ainsi qu’une cloche de bronze portant l’inscription :
« IHS. MI VENITE NU AUDITE ME. 1569. AVE MARIA. TE DEUM LAUDAMUS »
(« Venez à moi ; maintenant écoutez-moi. 1569. Je vous salue Marie. Dieu, nous te louons. »)
Le tabernacle, quant à lui, date du XVIIIe siècle.
Enfin, le regard s’arrête sur la statue de Saint-Denis, représenté portant sa tête entre ses mains. Cet attribut symbolise le premier évêque de Paris, martyr décapité. À travers cette figure, se lit un message de permanence et de foi : même décapitée, l’Église demeure vivante !
Le portail occidental est de la fin du XVIe siècle. Le cintre à caissons de la porte est inscrit dans un quadrilatère sculpté, composé de deux pilastres cannelés supportant une frise dorique.
Plus d’un siècle d’histoire scolaire
Saint-Denis-lès-Sens connaît une évolution significative de ses infrastructures scolaires, reflet de l’importance croissante accordée à l’instruction publique depuis le XIXe siècle.
La première étape majeure intervient en 1853 avec l’établissement d’une école marquant la volonté municipale d’offrir un enseignement aux enfants du village. Cette dynamique se poursuit avec la construction d’une cave en 1858, probablement destinée au stockage du matériel ou des provisions liées au fonctionnement de l’école.
En 1860, la commune formule officiellement une demande d’établissement d’une école communale, confirmant son engagement dans l’organisation durable de l’enseignement primaire. Les décennies suivantes témoignent d’efforts pour en améliorer les conditions. En 1875, une demande de subvention est adressée afin de financer l’achat d’objets mobiliers, essentiels à l’équipement des salles de classe. Les améliorations se poursuivent avec le projet de construction de cabinets d’aisances pour l’école mixte entre 1882 et 1883, traduisant une attention accrue portée à l’hygiène et au confort des élèves. En 1886, le mobilier scolaire est renouvelé.
Enfin, entre 1928 et 1934, une importante phase de travaux est engagée. L’école est adaptée et le logement de l’institutrice est aménagé, soulignant le rôle central de l’enseignante dans la vie communale et l’ancrage durable de l’école dans le paysage local.
Ainsi, de 1853 à 1934, Saint-Denis-lès-Sens illustre bien l’évolution progressive de l’école rurale française.
De la fonderie à la fonte ductile : l’innovation au cœur de Pont-à-Mousson
Essentiellement agricole jusqu’au siècle dernier, la commune accueille des entreprises industrielles (Masson Marine, IBRE), commerciales (hypermarché Leclerc, concession Renault, le centre distribution de la Poste…), ainsi que de nombreux commerçants et artisans.
Mais l’Avenue des fonderies Pont-à-Mousson, le Chemin des chaudières, la Rue Lorraine et le Chemin des wagons rappellent l’implantation d’une usine de première importance.
Tout commence en 1854, avec la découverte d’un important gisement de minerai de fer en Meurthe-et-Moselle. Deux ans plus tard, en 1856, naît la Société anonyme des hauts-fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson. À l’origine simple fonderie, l’entreprise fait un choix décisif qui va transformer son destin : miser sur la conception de tuyaux. Une intuition qui la conduira à devenir un acteur mondial des réseaux d’eau.
Le choix de se spécialiser dans le secteur de l’eau est audacieux. Ce positionnement l’inscrit durablement dans l’histoire industrielle et urbaine. En France comme à l’international, elle s’impose peu à peu comme l’un des porte-parole du monde de l’eau.
Face aux révolutions des matériaux — arrivée du ciment armé, de l’acier, de l’amiante-ciment puis du plastique — PAM relève sans cesse de nouveaux défis technologiques. Elle redouble d’inventivité et développe la fonte ductile, un matériau à la fois résistant, fiable et durable, qui devient une référence dans le domaine. En 1970, l’entreprise rejoint le groupe Saint-Gobain et le site de Saint-Denis-lès- Sens est progressivement abandonné.
