Ancré dans une histoire millénaire, le village de Rousson s’est développé au carrefour d’axes de circulation majeurs. Son destin est intimement lié à la voie antique reliant Sens à Auxerre par la rive gauche de l’Yonne, dont le tracé, encore visible aujourd’hui, est connu sous le nom de «Chemin des Romains».

Cette artère stratégique, qui longeait la rivière depuis Marsangy et le hameau de Sérilly, rejoignait Gron et Paron avant de se fondre dans la Voie de César, point de départ vers Paris. Bien que partiellement recouverte par l’actuel chemin de fer, la chaussée révèle encore des vestiges d’une largeur impressionnante –de 12 à 13 mètres– témoignant de l’importance des échanges régionaux transitant par ce territoire.

Grâce à sa position géographique privilégiée, le site de Rousson a connu une occupation humaine ininterrompue depuis la plus haute Antiquité. Son prestige historique s’affirme dès l’époque mérovingienne, où il devient le cœur du Pagus Rosontensis, ou « pays de Rousson ». Ce territoire occupait alors une place stratégique sur l’échiquier politique, comme en témoigne sa mention explicite dans le Traité d’Andelot au VIIe siècle, acte diplomatique majeur scellant l’alliance entre les rois Gontran Ier de Burgondie et Childebert II d’Austrasie.

L’impulsion médiévale : la charte de Guillaume aux Blanches-Mains

Au Moyen Âge, le destin du village est marqué par l’influence de Guillaume aux Blanches-Mains, archevêque de Sens et membre de l’illustre maison de Champagne. En 1175, avant son départ pour Reims, ce prélat de premier plan accorde une charte de franchises aux habitants de Rousson. Inspiré par la célèbre « coutume de Lorris » déjà octroyée à Villeneuve-sur-Yonne, ce document reconnaît à la communauté villageoise des droits et des garanties juridiques. Cette étape fondatrice, en équilibrant les rapports entre l’autorité seigneuriale et les villageois, pose alors les premiers jalons de l’autonomie communale.

L’époque moderne et l’héritage de Xavier de Saxe

Le territoire conserve son importance foncière jusqu’aux bouleversements de la Révolution. À la fin du XVIIIe siècle, une partie notable des terres de Rousson appartient à Xavier de Saxe, oncle de Louis XVI. Ce prince, figure majeure de la région avant la création du département de l’Yonne en 1790, y détient des biens de 1771 jusqu’au tournant du XIXe siècle, témoignant ainsi de la valeur persistante du domaine de Rousson à travers les âges

Les malédictions des XIVe et XVIe siècles

La folie de Jehannin Guillon (1383) : un drame de la démence

À la fin du XIVe siècle, un événement tragique frappa l’esprit des habitants de Rousson. Jehannin Guillon, un laboureur local, sombra dans une folie profonde après avoir survécu à une maladie foudroyante la veille de Pâques. Persuadé d’être sous l’emprise du démon, il fuyait les églises et refusait d’observer les sacrements.

Sa démence prit une tournure sanglante lorsqu’il tua l’une de ses filles avec un « pestail » (un pilon). Malgré un pèlerinage forcé au sanctuaire de Saint-Mathurin à Larchant pour tenter de le guérir, son état ne s’améliora pas. Plus tard, alors que la population se réfugiait derrière les remparts de Villeneuve-le-Roi pour fuir l’insécurité, il précipita une seconde de ses filles dans la rivière depuis le pont de la ville. Reconnaissant l’évidence de sa folie, le roi finit par lui accorder des lettres de rémission, épargnant ainsi la vie de ce père de famille dément.

L’affaire Michel Damand (1549) : la rigueur de la justice criminelle

Près de deux siècles plus tard, en Mars 1549, une affaire d’une tout autre nature marqua l’histoire judiciaire de la commune. Michel Damand fut condamné par le bailliage de Rousson pour un ensemble de crimes jugés abominables à l’époque : maléfices, homicides, blasphèmes et reniement de Dieu.

La sévérité de la sentence, confirmée par le Parlement de Paris, illustre la dureté de la justice au XVIe siècle. Le condamné fut d’abord contraint à faire amende honorable devant l’église de Rousson pour réparer l’offense publique. Pour punir ses paroles impies, la sentence ordonna que sa langue soit percée d’un fer chaud avant qu’il ne soit conduit aux fourches patibulaires de la seigneurie pour y être pendu et étranglé. Cette exécution exemplaire visait à restaurer l’ordre social et religieux au sein de la communauté.

Le Prince Xavier de Saxe et Jean-Baptiste Pigalle

En 1771, le prince Xavier de Saxefils du roi de Pologne Auguste III et frère de Marie-Josèphe de Saxe- fait l’acquisition du château de Chaumot, situé à deux pas de Rousson. Il lance immédiatement de grands travaux de rénovation. Son attention se porte particulièrement sur la chapelle de l’aile gauche, qu’il souhaite orner d’un crucifix.

Pour réaliser cette œuvre, le prince s’adresse au célèbre sculpteur Jean-Baptiste Pigalle. La commande consiste en une imposante croix de marbre destinée à porter un Christ en ivoire. Supervisée de près par l’artiste depuis Paris, la fabrication fait l’objet d’une attention méticuleuse : le prince exige notamment que les proportions du piédestal s’accordent parfaitement avec celles de l’autel.

Le chantier n’est pas sans heurts : les retards de livraison exaspèrent Du Laurent, le régisseur chargé de la réception. Finalement, la croix et son piédestal sont installés peu après le 30 Novembre 1771, à l’entière satisfaction du prince.

Bien qu’aucun dessin original n’ait survécu, on suppose que cette œuvre s’inspirait d’un précédent Christ en marbre de Pigalle. Par la suite, la sculpture aurait été déplacée au château de Pont..

Le pupitre à découvrir sur la commune