L’histoire de Rosoy commence bien avant son nom actuel. Selon les Archives de l’Yonne, le village s’appelait initialement « Creeri » ou « Creerie » (attesté au XIIIe siècle). Cependant, son passé religieux est encore plus ancien : un manuscrit du Xe siècle mentionne déjà le lieu sous le nom de Creeriic, prouvant une occupation très précoce.

Le nom de « Rosayum » (ou Rosetum) n’apparaît qu’en 1491, marquant un tournant radical. À la suite d’une épidémie de peste, la population aurait en effet abandonné le site d’origine pour s’installer à son emplacement actuel.

L’ancien village se situait dans la plaine de Nange, entre l’actuel barrage et la commune d’Étigny. Ce secteur, dont les racines remontent à la protohistoire, a révélé de nombreux vestiges archéologiques qui confirment l’importance et l’ancienneté de ce premier établissement.

Une découverte fortuite au sommet de la falaise

Lors de travaux de terrassement sur les hauteurs de Rosoy, une excavatrice a mis au jour les vestiges d’un ancien lieu de sépulture. L’engin a malheureusement brisé un premier sarcophage, révélant des ossements appartenant à un homme et une femme. Un second cercueil, resté partiellement intact dans le talus, contenait le crâne bien conservé d’une autre femme.

Fait notable : ce sarcophage était monolithe, taillé directement dans un bloc de craie locale. Trop fragile pour être transporté, ce type de sépulture restait exceptionnel.

Bien que les fouilles alentours n’aient pas révélé d’autres cuves en pierre, de nombreux ossements ont été retrouvés regroupés de manière confuse. Cette découverte confirme la tradition locale évoquant un « ancien cimetière » sur les hauteurs. Cependant, l’emplacement surprend les historiens : contrairement à la tradition chrétienne qui place les morts près de l’église, ce site est très éloigné du centre du village actuel, situé en contrebas dans une boucle de l’Yonne.

La Famille de Bonnaire, Seigneurs de Rosoy

Seigneurs de Rosoy, les de Bonnaire étaient représentés par Jean de Bonnaire, avocat à la Cour. La famille portait d’illustres armoiries : d’azur au chevron d’or, accompagné en chef de deux trèfles et en pointe d’un agneau pascal, le tout du même métal. Outre leur influence locale, les de Bonnaire sont entrés dans l’histoire de l’art pour avoir possédé un chef-d’œuvre absolu de la Renaissance française : le célèbre tableau Eva prima Pandora.

Ce tableau réalise une synthèse fascinante entre la Bible et la mythologie. Il assimile Ève, tenant la branche du péché originel, à Pandore, qui libère les maux de l’humanité en ouvrant son vase (ici représenté avec un serpent). L’œuvre s’inspire directement du style des décors créés par Jean Cousin l’Ancien pour l’entrée royale d’Henri II à Paris en 1549.

C’est aujourd’hui la seule peinture attribuée avec certitude à cet artiste. Après avoir traversé les siècles au sein de plusieurs familles sénonaises, le tableau entre dans la famille de Bonnaire par héritage en 1841. En 1922, il est cédé aux Amis du Louvre pour la somme de 40 000 francs. Ce joyau de la Renaissance française est désormais exposé au Musée du Louvre..

Le mystérieux four à chaux

De récents travaux de sécurisation sur la falaise de Rosoy, visant à protéger les habitations en contrebas des éboulements, ont permis une découverte majeure : un imposant four à chaux du XIXe siècle. Situé sur les coteaux crayeux de la rive droite, ce vestige témoigne de l’importante activité historique qui se déroulait sur les hauteurs du village.

Note importante : En raison de l’instabilité du terrain, l’accès au site est strictement interdit au public pour des raisons de sécurité.

Le four à chaux, ou chaufour, est une structure verticale monumentale conçue pour transformer le calcaire en chaux par une cuisson à haute température.

La chaux est obtenue en portant la pierre calcaire à 900°C, qui libère du dioxyde de carbone et produit de l’oxyde de calcium, communément appelé « chaux vive ». Ensuite hydratées par immersion dans l’eau, elle permet d’obtenir une pâte appelée « chaux éteinte », matière est largement utilisée dans le bâtiment, notamment pour la réalisation d’enduits et de mortiers.

Le foyer se situait à la base du four, tandis que l’alimentation s’effectuait par l’ouverture supérieure, appelée le « gueulard », généralement accessible par une rampe. Les chaufourniers disposaient alternativement des lits de pierre et de combustible, veillant à maintenir une température comprise entre 800°C et 1 000°C pendant toute la durée de la cuisson, qui pouvait atteindre 100 à 150 heures pour un four d’une capacité de 75 à 80 mètres cubes.

Une fois la cuisson achevée, la chaux vive était extraite par une ouverture basse, l’« ébraisoir », puis éteinte dans une fosse adjacente à l’aide d’une grande quantité d’eau, souvent acheminée depuis une rivière voisine. La chaux éteinte était ensuite conditionnée en barils avant d’être utilisée, principalement en maçonnerie.

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