Véritable référence pour les préhistoriens, la nécropole de Passy frappe par son architecture monumentale et sa démesure funéraire inédite. Toutefois, le site conserve encore une part de mystère.
D’abord repérée d’avion, puis ayant fait l’objet de fouilles, cette nécropole couvre plus de 20 hectares. Elle se compose d’une trentaine de grands monuments allongés, orientés à l’Est, construits de terre et de bois, dont le plus court n’atteint pas 20 m. alors que le plus long dépasse 300 m.
Cette découverte a totalement modifié la vision de la période moyenne du Néolithique car ces pratiques funéraires évoquent une hiérarchisation de la société.
Les fouilles ont révélé le caractère funéraire de ces terrassements quelquefois gigantesques. Déposés sur le dos dans de probable coffres, les défunts reposaient dans des fosses profondes creusées dans l’axe des monuments. Ces sépultures se rattachent par leur mobilier au groupe de Cerny.
Ces structures monumentales étaient réservées à une élite restreinte. La plupart des tombes ne contiennent qu’une seule personne, bien que l’on trouve quelques sépultures doubles. L’exemple le plus spectaculaire reste ce monument de 300 mètres de long construit pour un unique individu
Les objets déposés dans les tombes étaient principalement sculptés dans des matières animales, comme l’os ou les défenses de sanglier. La pièce la plus emblématique reste la « Tour Eiffel », surnommée ainsi à cause de sa forme (on l’appelle aussi « spatule anthropomorphe »). Cet artefact est exceptionnel : on n’en connaît que huit exemplaires dans toute la région. Elle ne se trouve que dans les sépultures d’hommes adultes, à raison d’un seul objet par tombe. Bien que son utilité exacte reste un mystère –nouvel outil ou objet symbolique– une chose est sûre : l’homme enterré avec cette « Tour Eiffel » était le personnage le plus prestigieux de la nécropole
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Le Moyen-Âge à Passy
Le nom de Passy provient d’une évolution de formes anciennes attestées entre le XIIIe et le XVIe siècle : d’abord Paciacum (1282), puis Pacy-les-Véron (1447), Passiacum (XVIe siècle) et enfin Pacy (1565)
L’histoire de Passy est marquée par une longue tutelle religieuse. La seigneurie a successivement appartenu à trois institutions de Sens : les abbayes de Sainte-Colombe, de Saint-Pierre-le-Vif, puis aux Célestins, avant de devenir un fief de l’abbaye de Saint-Remy.
Sur le plan administratif, Passy n’a pas toujours été indépendant : jusqu’en 1606, ce n’était qu’un simple hameau rattaché à la commune de Véron, dont il partageait les mêmes seigneurs.
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Un seigneur devenu évèque… puis pasteur
Né en 1500, Jacques Paul Spifame, est issu d’une famille noble du Sénonais. Il passe sa jeunesse au Château de Passy, puis fait ses études à Paris, Orléans et enfin Bologne (en 1518). Il obtient le prestigieux grade universitaire de « maître ès arts » en 1519, ou « maître dans les disciplines académiques » –diplome qui attestait qu’il maîtrisait les sept « arts libéraux », socle de la connaissance universelle à l’époque-.
Par la suite, il rachèta tous les droits de ses frères en pays sénonais, devenant ainsi seul seigneur de Passy. Il mena une carrière exceptionnelle et tourmentée. Spifame accéda à de hautes charges ecclésiastiques et judiciaires : conseiller du roi, abbé, chanoine de Notre-Dame de Paris, chancelier de l’Université, puis évêque de Nevers en 1546, malgré une vie privée scandaleuse.
Spifame a eu une liaison adultère durable avec Catherine de Gasperne qui lui a donné deux enfants. Proche des milieux humanistes, il a participé au Concile de Trente, avant de revenir à la cour auprès de Catherine de Médicis.
En 1559, un tournant majeur s’opère dans sa vie : il rompt avec l’Église catholique pour rejoindre la Réforme. Il s’exile alors à Genève avec sa compagne et leurs enfants. Devenu pasteur et proche collaborateur de Jean Calvin et de Théodore de Bèze, il est condamné à mort par contumace par le Parlement de Paris. Dès lors, il s’engage activement dans le camp protestant : durant la première guerre de Religion, il soutient financièrement et logistiquement le Prince de Condé et le parti huguenot
Nommé chancelier du royaume de Navarre par Jeanne d’Albret, il perd son appui et se retire. Accusé à Genève de complots supposés avec les catholiques, il est emprisonné en 1566. Malgré des charges en partie fragiles et de nombreuses interventions en sa faveur, il est condamné à mort et décapité à Genève le 23 mars 1566. Sa compagne Catherine de Gasperne fut quant à elle finalement libérée.
De Château à…
La tradition attribue la construction du château de Passy à Jacques Spifame. Le domaine est acquis en 1719 par François Nicolas Mégret de Sérilly, receveur général des finances en Auvergne. Sa famille le conserve jusqu’au début du XIXᵉ siècle et réalise d’importants aménagements au XVIIIᵉ siècle.
Au XVIIIᵉ siècle, le château possédait un riche décor intérieur, en grande partie disparu lors de son aménagement en hôpital militaire pendant la Première Guerre mondiale puis en colonie de vacances. Quelques éléments subsistent toutefois, notamment l’escalier avec sa rampe en fer forgé et des dallages de pierre et marbre noir. Deux pavillons de garde encadrent l’entrée de la cour d’honneur, au bord des douves sèches, tandis que le bâtiment des communs, à droite, constitue également une élégante construction sous toit d’ardoises.

