Au VIe siècle, le village de Fontaine-la-Gaillarde était compris dans le pagus (territoire) de Sens. On le désigna aussi par « Fontes prope Saligniacum » parce que l’église n’était qu’une chapelle dépendant de la paroisse de Saligny. En 1361, Guillaume de Melun, archevêque de Sens, acheta cette seigneurie.

Le village s’est implanté autour de la source du ru de la Gaillarde, qui jaillit sous l’Église Saint-Jean-Baptiste de Fontaine-la-Gaillarde, édifiée à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle. Dès l’an 519, le site est mentionné sous le nom latin Fontanas in pago Senonico, « Fontanas » signifiant « sources ». À sa sortie, le ru alimente un lavoir à deux galeries inégales, élément emblématique du village, puis poursuit son cours vers Saligny, Sens et Saint-Clément avant de se jeter dans l’Yonne à Saint-Denis-lès-Sens.

Un patrimoine archéologique remarquable

Le territoire témoigne d’une occupation ancienne. En 1969, au sud du bourg, à environ 350 mètres des sources de la Gaillarde, une excavation a livré des tessons appartenant à trois vases du Bronze final. Plusieurs enclos circulaires protohistoriques ont également été repérés.
Entre 1971 et 1983, des fouilles ont été menées au lieu-dit « la Grande Chaume ». Une nécropole gauloise implantée à flanc de coteau. a été mise au jour. Une douzaine d’enclos quadrangulaires ont été identifiés, chacun renfermant une ou plusieurs sépultures. Soixante-dix tombes creusées dans la craie ont été fouillées, un petit pourcentage  correspond à des incinérations.
La phase principale d’occupation remonte à la Tène moyenne (250–150 av. J.-C.). Le mobilier funéraire comprend notamment des vases et des torques en bronze à décor ternaire, caractéristiques des Sénons région de Sens.
Le site a connu une réutilisation à la Tène finale (150–30 av. J.-C.), puis à l’époque gallo-romaine. Des incinérations et des inhumations y ont été découvertes, ainsi que d’abondantes céramiques gallo-romaines, des fibules et 68 monnaies gauloises, principalement en bronze. La majorité appartient aux Sénons. Ces éléments laissent supposer l’existence d’un lieu de culte où étaient déposées des offrandes.
Une autre nécropole a été identifiée au lieu-dit « Champagne », à moins de 200 mètres de la source. Occupée de l’âge du Bronze jusqu’à l’époque médiévale, elle a livré des vestiges de la période gauloise ainsi que des sépultures mérovingiennes.
Au lieu-dit « les Champs Blancs », deux bâtiments carrés  pourraient correspondre à un fanum, c’est-à-dire un temple gallo-romain.

Le menhir de la « Pierre à Couteau »

La commune conserve également un menhir nommé « la Pierre à Couteau », situé au lieu-dit « les Temps Perdus », à environ 1,5 kilomètre du village. Ce mégalithe n’apparaît toutefois pas sur l’ancien cadastre.
Il s’agit d’un bloc de grès pointu, incliné vers le sud. Son profil nord-sud est triangulaire ; il mesure environ 1,70 mètre de hauteur pour une base de 1,50 mètre. L’autre face, présente une largeur de 40 à 50 centimètres et une légère inclinaison vers l’est.
Bien que recensée par le service régional de l’archéologie, elle n’a longtemps bénéficié d’aucune protection. Jusqu’en 1992, elle se trouvait en lisière d’un champ et d’un bois. Arrachée lors d’une mise en culture, elle a suscité une intervention d’archéologues et l’agriculteur a finalement été exproprié au profit de la commune. Un reboisement en pins est en cours. Au pied du menhir, un poirier continue de repousser malgré les perturbations et la pauvreté du sol.
Selon des témoignages locaux, un groupe de rochers se situait autrefois en amont du menhir et aurait pu lui être associé. Ces blocs ont toutefois été détruits lors de travaux agricoles. Découvrez le menhir et le lavoir avec Laurent Deutsch en première partie de l’épisode « L’histoire de Sens… À toute berzingue ! »

L’église de Fontaine-la-Gaillarde ou l’hommage au martyr Saint-Gorgon

L’Eglise n’a qu’une nef voûtée en berceau ; les voûtes des chapelles sont à arêtes prismatiques XVe. On remarque des pendentifs de la fin du XVIe ; une Pietà (Vierge ayant recueilli le corps supplicié du Christ) en bois, un Saint-Sébastien en bois attaché à son arbre ; une croix de cuivre ; une cuve baptismale du XVIe ; un bénitier en pierre, posé sur un pied octogonal.

Né à Nicomédie, Gorgon était officier à la cour de l’empereur Dioclétien. Converti au christianisme, il subit le martyre pour sa foi après avoir courageusement affirmé ses convictions, avant que ses reliques ne soient transférées à Rome. Son culte est attesté dès 336.

Fêté le 9 septembre, jour supposé de son martyre, Saint-Gorgon occupait autrefois une place importante dans le calendrier paysan. Une tradition populaire affirmait que si le temps était beau à la Saint-Gorgon, quarante jours de beau temps suivraient.

Un lavoir remarquable alimenté par la Gaillarde

Des bâtiments dédiés à l’entretien du linge n’apparaissent, à de rares exceptions près, qu’à partir du XVIIIe siècle. Ces constructions voient leur apogée au milieu du XIXe siècle, avec la loi du 3 Février 1851 obligeant les communes à faire construire au moins un lavoir, en application d’une « politique hygiéniste » liée aux épidémies de choléra de 1833 et de 1849. Cette loi stipule que la construction sera subventionnée à hauteur de 30 % par l’État. Les lavoirs avaient une importante fonction sociale. Ils constituaient en effet un des rares lieux où les femmes pouvaient se réunir et discuter. L’activité de nettoyage du linge était physiquement très difficile. Aussi, le fait de la pratiquer de façon collective la rendait plus facilement supportable : les femmes pouvaient discuter entre elles. Certaines femmes s’y rendaient à titre personnel tandis que d’autres y exerçaient les métiers de lavandières, laveuses ou blanchisseuses.

Le pupitre à découvrir sur la commune