La “ferme du colombier” était autrefois la maison-forte des seigneurs d’Etigny, tout au long du XVIe siècle, cette seigneurie appartenait aux Minagier, une importante famille de la noblesse sénonaise.

C’est dans cette ferme, que les stiniciens purent apercevoir, estomaqués, la reine de France Catherine de Médicis et ses dames de cour, son fils le Duc d’Alençon, Condé et leurs suites, venu signer un traité de paix en pleines Guerres de Religion. Mais cette paix, mal conclue, ne sera pas acceptée par les chanoines de la cathédrale de Sens, qui refusèrent de chanter le Te Deum, demandé par la reine. Dans les décennies qui suivront cette “paix non-paix”, la descendance de Jehan Minagier perdra considérablement son avance dans l’échelle sociale de la ville.

Etigny, village connu jusque dans les Pyrénnées !

D’autres familles nobles succedèrent aux Minagier à partir du XVIIe siècle. Au siècle suivant, la terre d’Etigny était en possession de la famille Petit depuis deux tiers de siècle lorsque François-Nicolas Petit la céda, à François-Nicolas Mégret le 24 mai 1719. La famille Mégret, devenu Mégret d’Etigny et de Sérilly, possédait de nombreuses terres dans le sénonais et notamment les châteaux de Passy et de Theil-sur-Vanne. Ce seront les derniers seigneurs d’Etigny.

 

Parmi les membres de cette famille, Antoine Mégret (1719-1767), parfois appelé le “Baron d’Etigny”, marqua les mémoires de nos amis du sud-ouest de la France.

Nommé en 1751 par Louis XV à la tête des intendances de Pau et d’Auch, le baron d’Etigny s’attachera à developper la région en commençant par moderniser le réseau routier, alors réputé obsolète voir inexistant. Il développera également l’industrie, la culture du ver à soie et améliorera l’agriculture locale. Il sera également à l’origine de la réorganisation et de l’essor des thermes de Luchon. Tombé gravement malade, Antoine Mégret d’Etigny décéde à Auch en 1767 après avoir rendu de nombreux services en Gascogne, on peut encore aujourd’hui s’étonner de voir à Auch, Pau ou Bagnères-de-Luchon, des “rue d’Etigny” et des statues à sa gloire !

Une fin tragique

La majeure partie de la famille disparaitra en 1794, sous la guillotine révolutionnaire, le même jour que Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI et 24 autres nobles, majoritairement issus de l’aristocratie sénonaise. Seule Mademoiselle de Sérilly, leur fille, échappera à la sentence en prétextant (?) être enceinte, elle retournera vivre au château de Passy avec sa grande amie Madame de Beaumont.

Qui de l’église ou de la tour est arrivée en premier ?

Vous connaissez surement cet insoluble problème, consistant à savoir qui de la poule ou de l’œuf est apparu en premier. Il en va de même pour l’église d’Etigny ! Selon la tradition, la tour-clocher de l’église aurait été une ancienne tour de guet datant du début du XIIe siècle, permettant de surveiller l’Yonne et l’ancienne voie romaine depuis Villeneuve-sur-Yonne jusqu’au virage que forme la rivière au niveau de Rosoy. Pour d’autres, une tour défensive aurait pu être ajoutée à l’église primitive au moment de la Guerre de Cent ans, comme il était d’usage dans de nombreuses communes des environs de Sens. Les deux hypothèses sont plaisantes et si certaines traces d’anciennes ouvertures semblant dater du XIIe siècle sont encore visibles au chevet de l’église, il est impossible de trancher la question sans étude archéologique précise et approfondie du lieu… affaire à suivre donc !

Des fresques redécouvertes par hasard …

Il ne reste que peu d’exemple de fresques dans nos églises sénonaises. Et pourtant, dans la modeste église d’Etigny subsite un très beau décor peint du XIVe siècle, représentant la vie de Saint-Martin.

Ces fresques, probablement peintes sur enduit frais grâce à des pigments locaux (terre, argile, ocre…) furent recouvertes au XVIIIe siècle par un badigeon blanc, comme il fut souvent le cas dans de nombreuses autres église partout en France. Ce n’est qu’au XXe siècle, suite à des infiltrations d’eau, que ce badigeon se diluera et fera couler avec lui une partie des couleurs, qui réapparaitront.

En 1950, l’abbé Boucher de Villeneuve-sur-Yonne, devine l’importance historique de ces fresques jusqu’alors oubliées. Suivant ses conseils, la Municipalité décida d’effectuer les démarches nécessaires à leur conservation. Elles seront classées au titre des Monuments Historiques en 1973 et leur restauration sera achevée en 1978.

Saint-Martin, grand évangélisateur de la Gaule Romaine 

Né vers 315, Martin embrasse une carrière militaire avant de se convertir au christianisme. Alors qu’il est en garnison près d’Amiens, il donne à un pauvre la moitié de son manteau. La nuit suivante, il voit en rêve le Christ, portant ce même morceau de tissu. Il quitte alors l’armée pour recevoir le baptême et deviendra plus tard évêque de Tours. Considéré comme l’un des grands propagateurs de la religion chrétienne dans les campagnes de Gaule Romaine, il est le saint patron de très nombreuses églises en France.

Etigny, la bique qui a pris le loup…

L’église d’Etigny fut au XVIe siècle, le théâtre d’une légende singulière, que nous vous restituons tel qu’elle était encore racontée au début du siècle dernier :

« Un dimanche du mois d’octobre 1670, des chèvres paissaient dans un petit bois, près du cimetière d’Etigny. Un loup, qui les guettait depuis longtemps, arrive et en poursuit une qui aussitôt se sauve dans l’église, dont, avec ses cornes, elle pousse la porte battante qui se referme aussitôt d’elle-même. Le loup pousse également cette porte avec sa tête, entre dans l’église et court de tous les côtés après la chèvre. Enfin celle-ci monte sur l’autel, où, sautant d’un côté ou de l’autre, elle amuse le loup qui suivait les mêmes mouvements, jusqu’à ce que quelques habitants étant arrivés dans l’église, s’en fussent emparés… »

Cette légende amusante est également vagabonde, puisqu’on peut l’entendre d’en bien d’autres villages, notamment en Seine-et-Marne voisine, mais également plus loin d’ici dans le nord du pays ou encore en Allemagne. Si le conte varie parfois sur le déroulement des faits, la fin reste inchangée : la chèvre, pure est sage comme le Christ, triomphe du loup animal démoniaque ! Un tableau accroché au-dessus de l’entrée, aujourd’hui disparu, représentait cette scène dès l’entrée de l’église.

Un généreux donateur pour embellir l’église

Lorsque l’on pénètre dans cette église et que l’on remonte sa nef, notre œil est immédiatement attiré par un très grand retable face à nous. Il fut offert, comme le rappelle une inscription encore bien lisible aujourd’hui, en 1565 par le chanoine Viedmond, alors curé de la paroisse d’Etigny.

On peut apercevoir ce généreux donateur sur les sculptures basses de l’autel à gauche, agenouillé aux côtés de Saint Pierre. Le reste de la scène représente de gauche à droite : les trois saintes femmes apprenant la résurrection du Christ, puis le Christ ressuscité bénissant le monde. On le retrouve ensuite portant sa croix triomphale, repoussant de son bras des âmes damnées tentant de s’échapper des enfers.

Sur le retable, une série de saints nous accueille, on y retrouve dans l’ordre les saints Jean Baptiste, Etienne, Sébastien, Vincent, Blaise, Antoine, Nicolas, Claude et Clair. Ces sculptures ont été, selon la tradition, peintes à la période révolutionnaire pour les protéger de la destruction.

Anatole Guillot – Sculpteur stinicien

Le jeune Anatole est né au hameau des Fours à Etigny, le 23 février 1865. Ses parents, Hilaire-Louis et Marie-Euphrasie, sont de modestes vignerons de la commune où ils se sont installés au début des années 1860.

Elève des sculpteurs Falguière et Gautrin, sa carrière fut surtout marquée par sa participation à l’exposition universelle de 1900, où il réalisa, pour la porte monumentale, la Frise du travail avec le céramiste Müller, grâce à laquelle il reçut la médaille de bronze. Fait amusant, cette porte est l’œuvre d’un autre sénonais ami de Guillot, l’architecte René Binet, dont les parents se sont mariés à… Etigny ! Cette frise de 8 mètres de long est encore visible dans un parc à Breuillet.

Une carrière discrète

Anatole Guillot réalisera de nombreuses commandes en ce début de XXe siècle, période propice aux statues « d’illustres ». Ainsi, il réalisa la statue de Vauban à Saint-Léger dans l’Yonne, qui eût très bonne presse sans toutefois lui offrir une grande notoriété. On pouvait lire à son sujet dans la revue Patria du 1er Août 1905 : « La foule l’ignore. La statue de Vauban est cependant une preuve de plus de ses hautes qualités d’intelligence et de maîtrise. »

Le Gaulois – alias Brennus

Mais pour les sénonais, Anatole Guillot est surtout l’auteur du Gaulois trônant fièrement sur le beffroi de l’hôtel de ville de Sens, notre Brennus. Cette commande municipale, œuvre patriotique mettant en avant le passé gaulois de la cité, est devenu aujourd’hui un symbole de la ville : circuit touristique, chocolats, magazine municipal et plus récemment vélos électriques, l’œuvre d’Anatole Guillot a su conquérir les cœurs et l’imaginaire de ses concitoyens !

La carrière de Guillot s’arrêtera malheureusement prématurément, puisqu’il décèdera en 1911, à l’âge de 46 ans.

Envie de voir l’oeuvre de plus près ? Le plâtre de cette statue réalisé en 1902 est exposé au Musée de Sens !

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